© 2020 Tous droits réservés Michel Mousseau

Pourquoi ce livre

par Zéno Bianu

En jazzant quelques mots sur la poésiepeinture

 

D’une certaine manière, Jazz, réalisé en compagnie de Michel Mousseau et sous la houlette de Daniel Legrand, reprend, étoffe et réorchestre toute ma vision du livre d’artiste. Il s’agit là, encore et toujours, inlassablement, d’ouvrir le chant. Ouvrir le chant créatif, ouvrir le champ du livre, ouvrir le champ perceptif. 

Dans cette perspective ambitieuse, le Jazz de Matisse s’est imposé à nous comme une sorte de partition originelle, éclairante, à partir de laquelle il convenait d’inventer à nouveau, d’improviser, pour le dire jazzistiquement, à partir d’un canevas rythmique fondateur. D’inventer un livre de compagnonnage dans l’instant et à travers le temps. Une pratique de fraternité tactile.

Affinité élective ou alliage substantiel, le livre d’artiste dit toujours quelque chose du bonheur d’une rencontre. Il dit, pour un poète – par-delà ses exercices de solitude illimitée – le besoin, le désir précis autant que fougueux de frotter la poésie à d’autres champs artistiques, et notamment à cette entité prenante et singulière que j’aimerais appeler d’un seul mot : la poésiepeinture.

Au-délà de la variété sidérante des formats, des mises en pages, des interventions, la poésiepeinture apparaît par excellence comme une esthétique du partage. Elle permet d’aller là où l’on n’irait pas forcément tout seul – de randonner au sein d’un espace infiniment ouvert. Elle offre un registre synesthésique, particulièrement manifeste dans notre Jazz, où l’on lit la peinture et où l’on contemple les mots. Ici, la somme des deux fait toujours plus que deux – au moins trois, si ce n’est plus… Une sorte d’avance de l’oeil sur la pensée – dans une perception “flottante” où deux présences s’accompagnent et se renforcent mutuellement, tels des miroirs jumeaux. On pressent alors que le livre d’artiste remonte à la racine commune du regard et de la lecture. En quoi il se révèle toujours comme un dispositif d’émerveillement.

 

Zéno Bianu